Radicalisation, rivalités ethniques, violence... La prison, une zone de non-droit.

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Radicalisation, rivalités ethniques, violence... La prison, une zone de non-droit.

Message  Alain Vasseur le Mar 22 Nov 2016 - 22:28

Dans les prisons françaises, où les tensions atteignent leur paroxysme, la loi du plus fort règne et la radicalisation islamique fait son chemin.



Il y a aujourd'hui plus de 67500 personnes incarcérées dans les prisons françaises. Mineurs et femmes sont en minorité. Les maisons d'arrêt concentrent les petites peines (moins de deux ans), les maisons centrales abritent les plus lourdes (de dix ans à perpétuité). C'est dans les premières, que l'incarcération est la plus pénible, alors que les autres détenus sont mieux traités, vivant, seuls, dans une cellule.  

Les médias font état de l'importante surpopulation carcérale, de la présence de malades mentaux qui n'ont rien à faire en prison. Mais le grand intérêt de la fracassante enquête du sociologue Farhad Khosrokhavar, éminent spécialiste de l'islamisme, est de mettre les pieds dans le plat, d'ouvrir la prison à ses lecteurs, en évitant langue de bois et préjugés.  


Une poudrière en devenir



L'univers carcéral est une zone de non-droit, non qu'il échappe aux règlements, mais du fait que ces derniers y sont constamment contournés, négociés et que, finalement, la force règne et l'emporte. C'est le cas entre surveillants et détenus. Les premiers se plaignent de voir leur autorité bafouée, de manquer du respect minimal et d'exercer le dernier des métiers, surtout les jeunes. Alternant soumission et protestation, un détenu peut obtenir beaucoup: une cigarette, une douche supplémentaire, éviter l'humiliation de la fouille intime, gagner quelques minutes de plus au parloir...  

Mais cet essai met en évidence les tensions qui sont en train de transformer la prison en poudrière. Les "petits Blancs" sont devenus une minorité qui se vit dans une relation conflictuelle avec les détenus musulmans, majoritaires. Ils se sentent l'objet d'un racisme inversé, habités par une véritable conscience de l'exil, la certitude d'être déracinés en Ile-de-France. Leurs propos, recueillis par le sociologue, en font foi; il y a une hostilité croissante vis-à-vis de détenus musulmans qui affirment leur identité et dont les "Gaulois" minoritaires supportent mal la culture de banlieue.  


Au coeur de Prisons de France se pose surtout la question cruellement actuelle de la radicalisation. Les musulmans forment entre 40% et 60% de la population carcérale (1). Dans le cadre porteur d'un islam qui reprend de la force, on peut distinguer trois types de religiosité. Il y a des délinquants musulmans pour lesquels l'islam n'a rien à voir avec la morale, la pratique faisant bon ménage avec les braquages ou les vols. Pour un sujet plus exigeant, un nouveau converti (born again) qui adopte un "islam éthique", la récente croyance apaise et dissuade de commettre des actes délictueux et peut éloigner de la toxicomanie.  

Une minorité salafiste influente



Le plus dangereux, c'est la religiosité du troisième type, l'islam djihadiste qui vit dans un monde binaire. La terre d'Islam, inviolable et sacrée, et celle des "mécréants", où tout est permis, voire encouragé et prêché: délits, vols et meurtres. Comme dans le totalitarisme, il faut hâter, par tous les moyens possibles, la chute d'une société vermoulue, dévorée par l'impiété.  


Parmi les détenus musulmans, pratiquants ou non, c'est la minorité salafiste qui est la plus active, fanatique ou simplement piétiste. Ceux qui ont rompu avec l'"islam olé olé", comme le précise un détenu qui est revenu à la rigueur archaïque de sa religion. Discussions sur ce qui est halal, apprentissage de l'arabe, prières collectives, imitation de la vie du Prophète; même un nombre croissant de "Gaulois" égarés en quête de sens se convertissent.  

Cette radicalisation suit, toujours, le même chemin: sentiment d'exclusion, réel ou supposé, victimisation, haine de soi et de l'autre, qui se dénoue dans l'islamisme et trouve son achèvement dans la figure du "héros négatif", le candidat djihadiste. 
 

Rivalités ethniques



Si la radicalisation ne se produit pas toujours en prison, le chercheur livre quelques portraits de convertis très aguerris, à jamais irréconciliables avec les principes du fondement de nos sociétés. Ghassan, le détenu radicalisé qui aspire au martyre, Khaled qui fait de la dissimulation le meilleur moyen pour frapper l'impie au coeur, Hassan, la faible proie psychologique idéale pour l"ensorcellement" islamiste.  


Cette prison travaillée par une intense ethnicité est en train de devenir une poudrière. Surveillants antillais méprisant les Noirs africains, Noirs et Maghrébins des cités contre "autochtones", mépris interethnique des gardiens; seul l'islam fonctionne, pour beaucoup, comme une solide référence commune, au-delà de la religion.  


Si la prison n'est pas près de disparaître, on peut vraiment craindre, malgré toutes les places construites, qu'elle ne devienne un lieu extrême d'affrontement, préfigurant le pire.  


(1) En l'absence de statistiques légales, l'administration pénitentiaire s'appuie sur les inscriptions au ramadan.  


http://www.lexpress.fr/actualite/societe/radicalisation-rivalites-ethniques-violence-la-prison-une-zone-de-non-droit_1851865.html



http://www.lexpress.fr/actualite/societe/le-malaise-des-prisons_1624156.html



http://www.europe1.fr/politique/prisons-ecoles-hopitaux-policiers-la-gauche-de-nouveau-face-au-spectre-securitaire-2877377



http://www.gendxxi.net/t5121-prisons-une-politique-qui-va-dans-le-mur



http://www.gendxxi.net/t4538-les-prisons-francaises-sont-de-nouveau-totalement-saturees
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Alain Vasseur

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Plan contre la radicalisation: un big brother pénitentiaire contre-productif ?

Message  Alain Vasseur le Mer 11 Jan 2017 - 3:44

Le 25 octobre, le ministère de la Justice a présenté son troisième plan de lutte contre la radicalisation en prison. La presse titre alors « fin des unités dédiées ». Une accroche laissant penser que le regroupement dans des quartiers spécifiques des personnes détenues pour des faits liés au terrorisme était révolu, après l’agression violente de deux surveillants par l’une d’entre elles. Pourtant il n’en est rien. L’appellation « unité de prise en charge de la radicalisation » (UPRA) a certes disparu, mais la logique de regroupement reste bien présente : les cinq unités dédiées ne vont pas fermer. Elles vont toutes être réaffectées en « quartiers d’évaluation de la radicalisation » (QER).




  • Lire la suite de cet article de Marie Crétenot (Observatoire International des Prisons)



https://blogs.mediapart.fr/observatoire-international-des-prisons-section-francaise/blog/090117/plan-contre-la-radicalisation-un-big-brother-penitenti
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Alain Vasseur

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Lutte antiterroriste : les services pénitentiaires entrent dans la communauté du renseignement.

Message  Alain Vasseur le Mer 18 Jan 2017 - 20:39

Deux décrets publiés mardi au Journal officiel consacrent l’entrée des services pénitentiaires dans la communauté du renseignement, une évolution majeure voulue par le gouvernement dans le cadre de la lutte antiterroriste que critiquent certains agents et magistrats.

Ces textes découlent de la réforme pénale de 2016 qui avait prévu de faire entrer les services pénitentiaires dans le second cercle du renseignement français, autorisant les agents du renseignement pénitentiaire, dépendant de la chancellerie, à utiliser des techniques jusque-là réservées aux agents du ministère de l’Intérieur.

Les décrets, qui entreront en vigueur le 1er février, portent sur la “modification de l’organisation de l’administration centrale du ministère de la justice” et sur la “désignation des services autorisés à recourir à certaines des techniques de renseignement“. Il s’agit du bureau central du renseignement pénitentiaire au sein de la direction de l’administration pénitentiaire (DAP) mais aussi des cellules au sein des directions interrégionales. Les outils de surveillance mis à disposition vont des écoutes ou recueil des données de connexion à leur transcription et transmission, de la géolocalisation par le placement d’une balise dans un véhicule à l’interception de la correspondance de l’entourage d’une personne ciblée.

1.336 détenus identifiés comme radicalisés en 2016 contre 700 en 2015


Présentant son plan contre la radicalisation violente en octobre 2016, le garde des Sceaux Jean-Jacques Urvoas avait fait de la “détection de comportements à risque” et de “la prévention de mouvements collectifs” une priorité “imposant de disposer d’un outil de renseignement performant”. Le ministre appelait à “être particulièrement attentif au risque d’atteinte d’un seuil critique des masses de détenus terroristes dans les établissements”, rappelant qu’en 2016, les prisons comptaient 1.336 détenus identifiés comme radicalisés contre 700 en 2015.


Dans le cadre de cette réforme, 51 recrutements sont prévus, devant porter l’effectif total du renseignement pénitentiaire à 237 équivalents temps-plein. Ces personnels étant affectés au bureau central du renseignement mais aussi dans les établissements, “notamment ceux accueillant des personnes détenues radicales”, avait indiqué le ministre.

Plusieurs syndicats de la pénitentiaire (CGT, Snepap-FSU) ainsi que le Syndicat de la magistrature (gauche) avaient vivement critiqué un dispositif remettant en cause la délimitation historique des compétences entre ministères de la Justice et de l’Intérieur, et menaçant les libertés individuelles. Les syndicats estimaient notamment que la possibilité de déployer certaines techniques de renseignement à l’encontre de “l’entourage” d’un détenu surveillé était une violation flagrante des libertés individuelles garanties par la Constitution.

http://lessor.org/les-services-penitentiaires-entrent-dans-la-communaute-du-renseignement/


https://www.legifrance.gouv.fr/affichTexte.do;jsessionid=34190D57C12B1A4865F8CDF4BB0DCC81.tpdila07v_1?cidTexte=JORFTEXT000033876942&dateTexte=&oldAction=rechJO&categorieLien=id&idJO=JORFCONT000033876672


https://www.legifrance.gouv.fr/affichTexte.do;jsessionid=34190D57C12B1A4865F8CDF4BB0DCC81.tpdila07v_1?cidTexte=JORFTEXT000033876862&dateTexte=&oldAction=rechJO&categorieLien=id&idJO=JORFCONT000033876672


http://www.justice.gouv.fr/le-garde-des-sceaux-10016/securiser-les-prisons-et-lutter-contre-la-radicalisation-29409.html
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Alain Vasseur

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En prison, la prise en charge de la radicalisation patine.

Message  Alain Vasseur le Mer 14 Juin 2017 - 22:12

08h10, le 13 juin 2017, modifié à 09h06, le 13 juin 2017


Fin octobre, le gouvernement annonçait la création de quartiers d'évaluation de la radicalisation en détention. Sept mois plus tard, seuls quatre ont été créés et aucun n'est plein.



L'ENQUÊTE DU 8H
C'était une promesse du prédécesseur de François Bayrou, Jean-Jacques Urvoas. Le 25 octobre 2016, le ministre de la Justice annonçait l'abandon de l'expérience des unités regroupant les détenus radicalisés en prison, au profit d'un nouveau système : des quartiers d'évaluation de la radicalisation (QER). Des quartiers censés permettre l'évaluation des détenus islamistes identifiés, afin de les orienter, en fonction de leur dangerosité, vers différents établissements pénitentiaires adaptés.


Une soixantaine de personnes. Sept mois plus tard, force est de constater que la prise en charge de la radicalisation en prison patine toujours. Le premier des six QER prévus n'a ouvert ses portes que fin février à Osny, dans le Val-d'Oise. Depuis, deux autres seulement ont été officiellement créés, dont un il y a une dizaine de jours à peine à Fleury-Mérogis, dans l'Essonne.


Dans ces trois structures, de nombreuses places restent vide : à Osny, seuls 9 détenus sont par exemple "évalués", pour 27 places disponibles. À l'échelle nationale, pour 1.336 détenus identifiés comme radicalisés par l'administration pénitentiaire - contre seulement 700 en 2015-, seule une petite soixantaine de personnes est suivie via ces nouveaux dispositifs. La plupart se trouve donc toujours dans le système "classique" de détention, au contact d'individus non radicalisés.  


Des détenus "sous cloche". Dans les QER, le système est par ailleurs toujours en rodage. Toutes les activités qui avaient été développées dans le cadre des unités de regroupement des détenus radicalisés ont été arrêtées, alors même que certains des prestataires qui les assuraient continuent d'être payés jusqu'à la fin de leurs contrats : l'expérimentation aura duré moins d'un an.

Un détenu qui avait les cheveux longs et s'est rasé la tête du jour au lendemain, ça fait un doute

Au sein des nouveaux QER, les détenus sont comme "sous cloche", observés en permanence par un personnel pénitentiaire qui fonctionne "à l'aveugle", selon les termes employés par Marc, un surveillant interrogé par Europe 1. "Tout changement de comportement du détenu est tout de suite repéré", explique-t-il. "Par un exemple un détenu qui avait des cheveux longs et s'est rasé la tête du jour au lendemain, en disant que c'est pour l'hygiène, ça fait un doute."  


"L'obsession de la prédiction". Du côté des conseillers insertion et probation, censés prévenir la récidive, l'impression est mitigée. Après une formation très sommaire d'une seule journée, ces derniers sont censés évaluer les individus radicalisés au sein des QER. "On est dans l'obsession de la prédiction, avec des personnels qui se sentent assez démunis et à la fois une interrogation sur ce à quoi va servir cette évaluation", estime Delphine Colin, secrétaire générale du syndicat CGT Insertion probation.

 On leur donne une grille avec des questions sur la pratique religieuse, où il faut répondre par oui ou par non

"On leur donne (aux conseillers, NDLR) une grille avec des questions sur le comportement, sur la pratique religieuse, où il faut répondre par oui ou par non", poursuit-elle, déplorant la "focalisation contre-productive" de l'administration pénitentiaire sur la religion. "Ces publics se sentent déjà assez victimisés, ils sont dans un rejet de la société. (...) Il faudrait leur tendre la main."


Le repérage, et après ? L'observation des détenus en QER était censée durer quatre mois. De source pénitentiaire, elle devrait en fait être portée à six. Et après ? Les personnes suivies devraient, à l'issue de leur passage dans ces structures, être orientées vers un établissement pouvant assurer un suivi individuel spécialisé. Une trentaine de prisons ont été sélectionnées pour assurer cette mission sur tout le territoire.


Les détenus les plus dangereux sont, eux, censés prendre le chemin de quartiers pour détenus violents (QVD)... dont aucun n'a pour l'instant vu le jour. À Lille, l'ex-unité regroupant les détenus radicalisés a bien changé de nom - devenant officiellement un QVD - mais la structure est déjà presque pleine. La prison de Vendin-le-Vieil, dans le Pas-de-Calais, est quant à elle candidate au test de ce nouveau dispositif. Mais elle reste pour l'instant sans nouvelle du ministère.
  
"On les évalue, mais après ce qu'ils vont devenir… c'est un gros point d'interrogation", reconnaît Marc, le surveillant. Delphine Colin abonde : "on est sur une évaluation de la dangerosité, plutôt que sur une prise en charge." Et d'avancer : "Ce que l'on craint, c'est que les évaluations soient utilisées davantage pour leurs condamnations futures, c'est-à-dire qu'ils puissent être condamnés non pas pour des faits qu'ils ont commis mais pour leur dangerosité."


http://www.europe1.fr/societe/en-prison-la-prise-en-charge-de-la-radicalisation-patine-3359114
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Alain Vasseur

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