Lutte contre le terrorisme : pourquoi Macron doit refonder la politique française de sécurité.

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Lutte contre le terrorisme : pourquoi Macron doit refonder la politique française de sécurité.

Message  Alain Vasseur le Jeu 25 Mai 2017 - 22:38

Par Eric Delbecque   Publié le 25/05/2017 à 18:34



IGAROVOX/ENTRETIEN - Pour Éric Delbecque, alors que le terrorisme a de nouveau frappé l'Europe à Manchester, le système de sécurité français est immobilisé par une « sclérose bureaucratique ». Il appelle de ses vœux la mise en place d'une réforme en profondeur de la part du nouveau gouvernement.




Spécialiste des questions de sécurité intérieure, Éric Delbecque a travaillé pour les services du Premier ministre. Aujourd'hui Président de l'ACSE et Directeur du département intelligence stratégique de SIFARIS, il est l'auteur de Le Bluff sécuritaire (éd. du Cerf, 2017).




FIGAROVOX.- L'attentat de Manchester démontre une fois de plus que nous vivons dans des sociétés vulnérables et qu'il est impossible de parer tous les coups des terroristes. Croyez-vous que l'on puisse faire mieux en matière d'anticipation?


Éric DELBECQUE.- Il faut effectivement accepter de façon définitive que le risque zéro n'existe pas et qu'une société démocratique et libérale est par définition une société vulnérable. Si nous poursuivons obstinément cet objectif de la sécurisation absolue, nous finirons par favoriser un modèle totalitaire. La société de surveillance constitue déjà une ombre qui pèse sur notre siècle à travers la révolution anthropologique qui s'opère par le cybermonde et la numérisation des activités humaines: il n'est pas utile de lui donner de nouveaux arguments en confondant prévention et protection légitimes, et angoisse virant à la paranoïa.

On peut encore progresser en matière de sécurité sans offenser les libertés individuelles et sans cesser de vivre.

On peut d'ailleurs encore progresser en matière de sécurité sans offenser les libertés individuelles et sans cesser de vivre (ce qui donnerait une victoire trop facile aux djihadistes). Il convient désormais d'impliquer davantage les citoyens. Nous sommes tous les premiers gardiens de notre mode de vie et de la République.


Que voulez-vous dire concrètement?


Nous avons été éduqués dans l'idée que l'État agit seul dans le domaine régalien. En matière de sécurité, il nous paraît naturel que les pouvoirs publics prennent en charge notre protection de façon globale. Ce qui explique la perpétuelle fuite en avant qui consiste à demander davantage de policiers, de gendarmes, de moyens financiers et de dispositifs réglementaires. Cette logique est bien évidemment parfaitement compréhensible ; mais elle se heurte très rapidement au principe de réalité. Les effectifs des forces de sécurité sont épuisés: bien sûr, il faut donner les ressources humaines et matérielles indispensables à ceux qui protègent la République au quotidien.

Le rythme que notre appareil de force doit soutenir depuis 2015 tend les énergies au maximum. Il importe d'ailleurs de rendre hommage à leur courage, à leur dévouement, à la force d'âme dont ils font preuve pour défendre notre nation, alors même qu'ils sont souvent injustement traités par tous les professionnels désespérants de la dénonciation inquisitoriale des fascismes imaginaires (une pratique en totale contradiction avec l'État de droit, fondé sur la mesure et l'examen des preuves, pas sur le déchaînement des passions idéologiques).


Néanmoins, cette dynamique budgétaire ne constitue pas l'alpha et l'oméga du combat contre la criminalité en général et le djihadisme salafiste en particulier. Le secteur privé, la société civile et les citoyens doivent être «mobilisés».


Sous quelles formes?


Il faudrait d'abord que les acteurs économiques intègrent dans leur politique de RSE (responsabilité sociale d'entreprise) la logique de sûreté. Protéger la vie de ses collaborateurs et du public que l'on peut être amené à recevoir (notamment les salles de spectacles, les enseignes en contact avec le public, par exemple dans la grande distribution) s'affirme comme un devoir citoyen prioritaire qui témoigne de la responsabilité collective dont une entreprise doit savoir faire preuve. Bien évidemment les grands groupes sont les premiers concernés: ils disposent des moyens financiers nécessaires à la concrétisation d'une éthique de responsabilité, pour parler comme Max Weber. Il ne s'agit pas de leur demander de prendre en charge ce que l'État ne pourrait plus faire financièrement, mais de disposer d'une politique de sûreté complétant le dispositif public et donnant naissance à cette coproduction de sécurité dont nous parlons depuis 15 ans.


Ce qui implique de poursuivre la rationalisation, la montée en puissance et en gamme de l'univers des sociétés de sécurité privée, devenues indispensables à la protection du public (cf. les grandes compétitions sportives et les fan zones) et des entreprises. En ce domaine, de nombreuses marges de progrès existent, même si la situation a très positivement évolué en quelques années (CNAPS, Délégation aux coopérations de sécurité).

Les PME et les associations doivent être soutenues dans leur effort d'apprentissage des connaissances et des métiers de la sécurité.

Notons par ailleurs que les PME et les associations, qui ne bénéficient pas des mêmes capacités financières que les groupes internationaux, doivent être soutenues dans leur effort d'apprentissage des connaissances et des métiers de la sécurité. On pourrait ainsi imaginer des systèmes de mécénat permettant de former gratuitement des responsables sécurité pour des petites structures.


Enfin, il est essentiel de donner des réponses à la volonté d'engagement de nos concitoyens, et aussi à leur besoin de formation. À cet égard, la garde nationale constitue un chantier majeur. Et la réserve opérationnelle et citoyenne de la Gendarmerie nationale doit servir de référence et de modèle à étudier pour donner toute l'ampleur nécessaire à ce concept. De surcroît, elle fournit une illustration de haute qualité de la manière dont la «militarité» peut favoriser l'objectif de sécurité intérieure. Lorsque des hommes et des femmes de l'entreprise, des services publics et de la société civile donnent plusieurs jours par mois - sous l'uniforme et comme militaires - au service de leur patrie et de leurs concitoyens, il y a là un symbole, une volonté et une énergie civique qu'il faut comprendre et étendre.


Qu'attendez-vous du nouveau Président de la République sur ces sujets?


Qu'il mette fin aux scléroses bureaucratiques nous empêchant d'avancer. Emmanuel Macron a mis en avant sa volonté de venir à bout des obstacles administratifs qui entravent le progrès de notre pays dans ce 21e siècle turbulent et chaotique. Il souhaite également favoriser des parcours atypiques et des idées neuves, renouveler les élites et expérimenter des dispositifs innovants. La sécurité lui offre un champ d'action - hélas - formidable pour incarner ses ambitions. Sur la question d'une police et d'une gendarmerie favorisant la proximité, le contact avec la population, afin de rassurer et de recueillir du renseignement au plus près du terrain, en démultipliant les points de contact (ce qui aiderait grandement les services centraux de renseignement), il existe un immense espace d'expression et d'action. Quant à son projet de «task force» antiterroriste, il peut être un lieu de renaissance de la pensée stratégique en matière de sécurité si elle ne se résume pas à devenir un énième échelon de coordination qui n'est pas notre besoin prioritaire. Le président Macron peut réinventer la sécurité en initiant un autre mode de pensée sur la sécurité nationale: il faut tout faire pour l'encourager dans cette voie, et le soutenir si son engagement sur ce chemin se constate clairement.


  • http://www.lefigaro.fr/vox/politique/2017/05/25/31001-20170525ARTFIG00180-lutte-contre-le-terrorisme-pourquoi-macron-doit-refonder-la-politique-francaise-de-securite.php
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