Comment la police scientifique peut créer un portrait-robot grâce à l'ADN.

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Comment la police scientifique peut créer un portrait-robot grâce à l'ADN.

Message  Alain Vasseur le Dim 9 Juil 2017 - 18:22

09 juillet 2017, 10h51


L'amélioration de l'analyse des empreintes génétiques permet désormais aux enquêteurs de créer le portrait-robot d'une personne.



À la réflexion, c'est assez logique : pour mener à bien un reportage sur les nouvelles utilisations de l'ADN (l'empreinte génétique) dans les enquêtes judiciaires, il faut commencer par un prélèvement... de son propre ADN. «Au cours de votre visite, vous pourriez contaminer les locaux», explique Katiana Saunier, du laboratoire de police scientifique (LPS) de Marseille. Il faut donc se plier à la spatule, qui vient frotter l'intérieur de la bouche, puis déposer ses cellules sur un buvard. Après traitement, en seulement quatre à cinq heures, notre profil sera extrait, puis «conservé dix-huit mois dans la base de données interne du LPS».
 

Une technique utilisée 32 fois depuis janvier 2015

 
40 000 prélèvements arrivent chaque année au LPS de Marseille, le plus souvent glissés dans des sachets en papier façon fast-food, déposés là par les enquêteurs. «Mais on a déjà réceptionné d'immenses volets roulants, et même une aile d'avion», pour y analyser des traces ADN, se souvient l'experte Christel Sire-Coupet. Ensuite, les robots Star ou Starlet entrent en jeu, cassent la cellule pour que l'ADN dit «nucléaire» puisse en être extrait, et finalement comparé au FNAEG, le fichier national automatisé des empreintes génétiques, basé à Ecully.

Jusqu'en 2014, comme l'exigeait la loi, seuls 17 segments de l'ADN, en plus du sexe, pouvaient être utilisés pour cette comparaison, afin de protéger la vie privée. Mais cette année-là, un arrêt de la Cour de cassation a provoqué une véritable révolution : les hauts magistrats ont décidé qu'à partir d'un profil ADN inconnu retrouvé dans une affaire criminelle pourraient être dévoilées les caractéristiques physiques d'un individu. Soit le sexe, la couleur des yeux, des cheveux, celle de la peau, et bientôt l'âge, la corpulence d'une personne, la morphologie de son visage ou d'éventuelles taches de rousseur. Un véritable portrait-robot génétique. Utilisée à 32 reprises dans des enquêtes depuis janvier 2015, cette pratique se développe.

 

Certains restent sceptiques

 
Le portrait-robot génétique (PRG) a été inauguré en France dans le cadre des investigations portant sur le violeur du VIIIe, à Lyon, entre 2012 et 2014. Plus récemment, en septembre 2016, le PRG a contribué à la résolution de l'affaire du squelette emmuré de Marseille. Celui d'une femme, présentant une blessure par balle à la tête, découvert dissimulé dans un appartement en travaux. Son propre fils a été confondu.
 
Pour avoir recours au PRG, il faut d'abord que le profil ADN retrouvé soit «pur», c'est-à-dire non mélangé à d'autres. «Ensuite, il ne doit correspondre à aucun des quelque quatre millions de profils ou traces figurant dans le FNAEG», décrit Marie-Claude Belrivo, chef de la division identification de la personne (DIP) au LPS de Marseille. Le portrait-robot sera ensuite établi par le LPS d'Ecully, le seul à le faire en France, avec deux laboratoires privés.
 
«Cette technique permet avant tout d'orienter l'enquête, d'exclure certains suspects ou de corroborer la description d'un témoin», développe François-Xavier Laurent, du laboratoire d'Ecully. A l'inverse, un expert indépendant se dit, sous couvert d'anonymat, «encore sceptique.» «Pour un individu métissé, par exemple, cela reste peu probant. Quant aux autres marqueurs morphologiques, ils peuvent être modifiés. Un criminel pourra toujours travestir la couleur de ses yeux avec des lentilles, ou avoir recours à la chirurgie esthétique...»
 

«Un outil de la dernière chance»


Pour le responsable de la recherche et développement au sein de l'INPS de Lyon-Ecully, le portrait-robot génétique est une aide qui ne peut pas remplacer les enquêtes.

Qu'est-ce que ce portrait-robot dit «génétique» ?


François-Xavier Laurent. Le terme est un peu galvaudé. Il ne s'agit pas d'un portrait-robot au sens strict, mais du fait de pouvoir prédire, à partir d'une trace ADN, un certain nombre de caractéristiques physiques. Initialement, il s'agissait de l'origine biogéographique, de la couleur des yeux ou des cheveux. Depuis, nous sommes capables de prédire la couleur de la peau, et la prédisposition à la calvitie ou aux taches de rousseur. A l'horizon 2018, viendra s'ajouter l'âge. Dans les années à venir, nous pourrons évaluer la densité de la pilosité, ou la texture des cheveux. On pourra aussi distinguer l'origine européenne du Nord ou du Sud, par exemple, et même envisager la corpulence d'une personne. D'ici cinq à dix ans, il sera cette fois vraiment possible de déduire la morphologie faciale d'une personne à partir d'un profil ADN. Une société le propose déjà aux Etats-Unis, mais ce n'est pas encore très concluant.

Cela ne pose-t-il pas des problèmes éthiques ?


Des pays comme l'Espagne l'utilisent de longue date. Par exemple en 2004 lors des attentats de Madrid. Cela a permis de favoriser la piste d'Al-Qaïda et d'évacuer celle d'ETA. En France, nous ne pouvons mettre en évidence que les caractères morphologiques apparents d'une personne. Alors que, techniquement, nous pourrions déjà prédire la prédisposition à telle ou telle maladie, et même la consommation d'alcool ou de cigarettes, car elle affecte cet ADN. En restant sur l'apparent, cela équivaut à la description d'un témoin, le biais émotionnel en moins, ou à une image de vidéosurveillance.

Comment mobilisez-vous cette technologie ?


Uniquement dans des affaires criminelles. Dans un dossier comme l'affaire Guy Georges, par exemple, un témoin décrivait l'auteur des crimes comme maghrébin. Or, les ADN des personnes originaires d'Afrique du Nord et d'Europe continentale sont sensiblement similaires. Guy Georges étant métis, son PRG l'aurait montré, et évité une fausse piste. Dans des dossiers récents, cela a aussi permis de dédouaner des suspects. Je pense à un braquage, où les témoins avaient vu des auteurs de type européen, et où l'ADN évoquait une personne à la peau mate. Il s'agissait d'un ami du propriétaire de la voiture volée, lequel a été mis hors de cause.

N'y a-t-il pas des biais ?


Il en reste, et nous en avertissons les enquêteurs. Une personne peut avoir les cheveux blancs, ou teints. Le PRG est un outil de la dernière chance, mis en oeuvre quand les techniques conventionnelles ont échoué. Il ne révolutionne pas l'enquête, mais resserre les pistes, ou en ouvre de nouvelles.

  
Le Parisien



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Alain Vasseur

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